4. Installation et déploiement
4.1 Installation bare-metal : l'installateur graphique
L'installation bare-metal de Proxmox VE est la méthode recommandée pour la production. L'ISO officielle se télécharge sur enterprise.proxmox.com/iso/. Son installateur graphique prend en charge tout le processus : partitionnement, installation du système de base Debian, configuration du noyau PVE, mise en place de pmxcfs et de l'interface web.
Dans nos ateliers, cette étape a déjà été réalisée via un déploiement PXE (Preboot Execution Environment, démarrage par le réseau) automatisé fourni pour la session. Chaque stagiaire dispose d'un nœud Proxmox VE 9 opérationnel depuis le démarrage de la formation — c'est le seul élément de l'infrastructure présent à ce stade. Les composants supplémentaires (stockages réseau, cluster, Ceph, PBS) seront ajoutés progressivement, à mesure que les chapitres en ont besoin.
Vous arrivez donc avec un Proxmox VE 9 fonctionnel, accessible par l'URL que le formateur vous donne (https://pxe2<N>1.<ville>.pm.dawan.ovh). Il est néanmoins important de comprendre ce que l'installateur a fait sous le capot.
L'installateur demande quatre informations essentielles :
Le disque cible : sur quel disque installer Proxmox. L'installateur propose un choix de système de fichiers pour la partition racine : ext4, xfs, ZFS ou btrfs. ZFS s'installe seul ou en RAID (Redundant Array of Independent Disks, grappe de disques) : RAID0 (agrégat sans redondance), RAID1 (miroir), RAID10 (miroirs agrégés), RAIDZ (parité répartie).
Par défaut, en installation graphique, le disque est partitionné avec ext4 pour /. L'espace restant va à un groupe LVM nommé pve, qui contient un volume LVM-thin nommé data : c'est votre stockage local-lvm.
La configuration réseau : adresse IP, masque, passerelle, DNS. Cette configuration est appliquée à l'interface de management, qui deviendra le bridge vmbr0 dans Proxmox.
Le mot de passe root et l'adresse email de l'administrateur (utilisée pour les alertes système).
Le nom d'hôte (FQDN : Fully Qualified Domain Name, nom complet avec le domaine) : par exemple pve.dawan.local.
Erreur fréquente : ne pas configurer un nom d'hôte pleinement qualifié (FQDN) lors de l'installation. Proxmox attend un FQDN (pve.dawan.local et non simplement pve). Un hostname mal configuré peut causer des problèmes dans un cluster.
Le menu de démarrage de l'ISO — ce qu'on choisit avant même d'installer
Avant l'installateur lui-même, le support de démarrage propose plusieurs entrées, graphiques ou en mode texte (UI : User Interface, interface utilisateur), et il faut savoir laquelle prendre selon le contexte. En salle vous n'y toucherez pas (le déploiement est automatisé), mais le jour où vous installez un vrai serveur, ce menu est le premier choix qui compte.
| Entrée | Quand la choisir |
|---|---|
| Install Proxmox VE (Graphical) | Le cas normal, avec écran et clavier. C'est l'option recommandée. |
| Install Proxmox VE (Terminal UI) | Même installateur en mode texte — meilleure compatibilité avec du matériel très ancien ou très récent dont la carte graphique n'est pas reconnue. |
| Terminal UI, Serial Console | Serveur headless (sans écran), piloté par port série ou carte d'administration. |
| Advanced → Rescue Boot | Tente de démarrer une installation existante quand le bootloader est cassé — l'équivalent d'un mode secours. |
| Advanced → Test Memory | memtest86+, pour éliminer une RAM défectueuse avant de suspecter le reste (Secure Boot à désactiver). |
À retenir : Terminal UI et Serial Console ne changent rien au résultat installé — c'est le même installateur, seule l'interface diffère. On les choisit pour une contrainte matérielle, pas par préférence.
Le choix du système de fichiers — la seule décision vraiment structurante
L'écran de sélection du disque cache, derrière son bouton Options, le choix qui vous suivra le plus longtemps : le système de fichiers de la racine. Il conditionne la présence de LVM, la disponibilité des snapshots au niveau du disque système, et la consommation mémoire du nœud.
| Système de fichiers | Ce qu'il implique |
|---|---|
| ext4 (défaut) | Stable, éprouvé. L'installateur crée un groupe LVM et un pool LVM-thin data (votre futur local-lvm). Le choix par défaut, sans surprise. |
| xfs | Alternative à ext4, également sur LVM. À l'aise sur les très gros fichiers. |
| zfs | Pas de LVM : ZFS est à la fois le RAID logiciel, le gestionnaire de volumes et le système de fichiers. Snapshots natifs, détection de corruption — mais consomme plus de RAM (cache ARC — Adaptive Replacement Cache, le cache de lecture de ZFS en mémoire). C'est le bon choix sans contrôleur RAID matériel, car ZFS gère lui-même la redondance (miroir, RAID-Z). |
| btrfs | Tech preview : copy-on-write et snapshots, mais moins mûr que ZFS dans Proxmox. À réserver aux essais. |
En ext4/xfs, l'installateur expose des options LVM utiles pour ne pas remplir tout le disque. hdsize fixe la taille totale utilisée ; on en réserve souvent pour l'étendre plus tard. Suivent swapsize, maxroot (plafond du volume /), maxvz (volume de données) et minfree.
En ZFS, on choisit à la place le niveau de RAID (raid1 miroir, raidz-1/2/3), l'ashift (alignement des blocs sur le disque physique) et la compression (lz4, zstd…). Et surtout arc-max, le plafond de RAM du cache : un réglage à ne pas oublier sur un hyperviseur, sous peine de voir ZFS manger la mémoire des VM.
4.2 Installation sur Debian existante
Proxmox VE peut également s'installer sur une Debian 13 Trixie existante, en ajoutant les dépôts Proxmox et en installant le métapaquet proxmox-ve. Cette méthode est moins courante en production : elle exige une Debian parfaitement configurée au préalable. Elle est utile dans certains scénarios : un serveur déjà en production que l'on souhaite convertir, des environnements cloud ou des VM.
La procédure officielle est documentée dans le wiki Proxmox. Elle implique notamment de configurer le hostname, d'ajouter la clé GPG (GNU Privacy Guard, outil de signature) de Proxmox, d'ajouter les dépôts, et d'installer proxmox-ve, postfix et open-iscsi. Le noyau Debian est remplacé par le noyau Proxmox au cours de ce processus.
Dans le cadre de cette formation, nous ne pratiquerons pas cette installation — votre nœud est déjà opérationnel. L'essentiel à retenir est que cette possibilité existe, et que dans les deux cas (ISO ou sur Debian), le résultat final est identique.
4.3 Le stockage local par défaut
Après une installation standard, Proxmox configure automatiquement deux espaces de stockage locaux, visibles dans Datacenter → Storage.
local est un stockage de type "Directory" qui pointe vers /var/lib/vz/. Il stocke les ISOs téléchargées, les templates de conteneurs (CT templates), et les sauvegardes.
Ce type de stockage est basé sur le système de fichiers de la machine — ext4 ou XFS (système de fichiers journalisé) selon la partition racine. Il est simple, compatible avec tout, mais n'offre pas les performances d'un stockage bloc.
local-lvm est un stockage de type "LVM-Thin". Il s'appuie sur un pool LVM-thin créé dans le groupe de volumes pve lors de l'installation.
Ce stockage est destiné aux disques des VMs et des conteneurs. LVM-thin permet la création rapide de volumes (thin provisioning), les snapshots instantanés, et des performances proches du natif grâce à l'accès bloc direct.
La distinction entre stockage fichier et stockage bloc est fondamentale en virtualisation :
Un stockage fichier (Directory, NFS) stocke les disques de VMs comme des fichiers image (.qcow2, .raw, .vmdk). L'avantage est la portabilité et la simplicité — un fichier .qcow2 peut se copier, se déplacer, s'inspecter. L'inconvénient est une surcharge liée à la couche système de fichiers hôte.
Un stockage bloc (LVM-Thin, iSCSI, RBD — disque bloc de Ceph) attribue à chaque disque VM un volume bloc dédié. Il n'y a pas de système de fichiers intermédiaire — le disque VM lit et écrit directement sur le volume. Les performances sont meilleures, et les snapshots sont instantanés, mais les disques ne sont pas des fichiers transportables.
4.4 Présentation des stockages réseau
Proxmox VE supporte plusieurs protocoles de stockage réseau que nous présentons ici dans leur principe.
NFS (Network File System) permet de monter un partage réseau comme un répertoire local. Dans Proxmox, un stockage NFS peut héberger des ISOs, des sauvegardes et des images disque au format fichier. Simple à mettre en place, il convient bien aux environnements de taille modeste.
iSCSI transporte des commandes SCSI (Small Computer System Interface, protocole d'accès aux disques) sur IP. Un target iSCSI expose des LUNs (Logical Unit Numbers) que Proxmox peut voir comme des disques bloc.
On peut ensuite utiliser LVM sur ces disques pour créer des volumes VM. Les performances dépendent largement de la qualité du réseau et du stockage cible.
Ceph est une solution de stockage distribué open source qui se distingue fondamentalement des autres. Il n'y a pas de serveur central, pas de NFS, pas de SAN (Storage Area Network, réseau de stockage dédié). Les données sont réparties sur l'ensemble des nœuds du cluster.
Proxmox intègre Ceph nativement — vous pouvez déployer et gérer un cluster Ceph directement depuis l'interface web de Proxmox.
À retenir : deux façons d'installer : l'ISO et son installateur graphique, la voie de production ; une Debian existante, à laquelle on ajoute les paquets. Un nœud neuf crée deux stockages : local (fichiers) et local-lvm (disques en LVM-thin).
▶ À pratiquer maintenant — Atelier 1
Installer Proxmox VE depuis l'ISO, écran par écran, dans une VM de votre nœud.
Proxmox VE — TSSR